- Qu’est-ce
qui vous motive pour être pompier volontaire ?
- Devenir un héros des temps moderne, devenir musclé,
et devenir un homme qui trompe sa femme.
- Pardon ?
- Oui. D’abord, c’est une évidence que les pompiers
sont admirés comme des héros, un peu comme les soldats
autrefois sauf qu’ils n’ont plus besoin de mourir à
la guerre.
- Ils peuvent mourir au feu, je vous signale.
- D’accord, mais mourir au feu, c’est moins vieille France
que mourir au front. D’ailleurs les fronts c’est terminé.
Alors maintenant il y a les feux. Ça fait tous les étés
des petits fronts acceptables.
- Je trouve vos propos assez déplacés. Au feu, j’aimerais
vous y voir.
- Mais moi aussi, j’aimerais beaucoup m’y voir. Après
des mois d’entraînement naturellement, au cours desquels
j’aurais acquis tous les réflexes nécessaires, et
des muscles pas forcément utiles, mais très avantageusement
logés dans un uniforme un peu moulant…
- Qu’est-ce que vous racontez ?! Sur le terrain, dans votre tenue
ignifugée, vous serez aussi sexy que Dark Vador.
- Mais il n’y a pas que les feux dans la vie d’un pompier,
vous le savez bien. Heureusement d’ailleurs. Si c’est possible,
je préfèrerais faire partie d’une unité qui
sort peu dans la garrigue. C’est peu fréquenté la
garrigue. Je suis un urbain moi. J’ai besoin d’un environnement
social, j’ai besoin de contact avec le public.
- Vous vous croyez à la veille de remplir Bercy ou quoi ? Vous
êtes complètement à coté de la plaque, je
ne sais même pas pourquoi je continue à vous écouter.
- Je vais être tout à fait franc avec vous. Les deux premières
raisons que je vous ai données sont très secondaires,
à peine réelles. Ma véritable motivation pour devenir
pompier volontaire, c’est que je vis avec la même femme
depuis dix ans, et que je voudrais, comme on dit, « aller voir
ailleurs ». Or voilà qui n’est pas si simple. Sauf
quand on est pompier. L’aspect guerrier, matérialisé
par l’uniforme, et l’aspect sauveur, voisin de celui des
infirmières, mais j’ai préféré écarter
de mes perspectives le métier d’infirmière, ces
deux aspects du pompier donc, ajoutés aux muscles impeccablement
façonnés par les techniques modernes de gonflette en salle,
voilà qui, face à un certain type de femmes heureusement
très répandu, fait de vous un objet désirable.
Pourquoi se tuer à faire de l’esprit, à entreprendre
une cour subtile, patiente, aux résultats hasardeux ? Alors qu’il
suffit d’être pompier.
- Et bien peut-être justement pour séduire des femmes sensibles
et intelligentes. Vous savez, je connais la plupart des maîtresses
de mes hommes. Elles sont tellement connes qu’elles auraient pu
être pompier. Je songe d’ailleurs à les engager.
- Mais c’est exactement ce qu’il me faut, à moi.
De la fesse liposucée et des seins qui pointent en l’air
comme des ballons de baudruche.
- Je vous en prie. Je vous rappelle qu’il s’agit d’un
entretien d’évaluation. Pour l’instant, j’évalue
surtout que je ne peux rien faire pour vous. Consultez plutôt
un psychologue. Toutes ces choses-là, le besoin d’être
admiré, le fait de ne pas aimer son physique, l’usure du
couple, ce n’est pas un engagement comme pompier volontaire qui
les résout. Je suis désolé pour vous, mais vous
avez frappé à la mauvaise porte.
- Et moi qui me voyais déjà en haut de l’échelle…
Une femme à moitié asphyxiée dans les bras, le
casque luisant au soleil, obligeant ses voisines amassées en
bas dans la rue derrière les cordons de sécurité
à plisser les yeux, pour continuer à n’en pas perdre
une miette, à me suivre du regard descendant l’échelle,
tandis que les sirènes se pâment dans les caves inondées,
descendant l’échelle avec mon fardeau évanoui mais
sauvé, descendant l’échelle, les deux bras levés
pour remercier la foule, lui jetant mon casque et la petite culotte
de l’asphyxiée, avant de disparaître dans le glorieux
anonymat de mon gros camion rouge, l’échelle dressée
comme un sexe en érection vers les étages pleins à
craquer de femmes en chaleur, brûlantes de…
- Stop ! Stop ! Je vous engage !
- Ah !
- Je vous engage pour animer le bal annuel. Ca nous changera des DJ’s
minables.
Olivier
Salaün