Le bruit de la fermeture Eclair déchirait le petit matin et la clarté toute fraîche entrait dans notre tente. Les cheveux en bataille, les ongles noirs, nous partions dans l'air iodé. Papa tirait la petite carriole de bois dont les habitants de l'île d'Aix affublent leurs bicyclettes. Ma soeur et moi nous tenions l'une contre l'autre, ballottées dans notre étrange véhicule ; nous étions deux petits fennecs, oreilles aux aguets, truffe frémissante, les yeux grands ouverts. Nous traversions d'abord les douves sur le pont levis aux lattes inégales pour passer sur les fortifications. La petite carriole bringuebalait sur les pavés irréguliers et nous gloussions à chaque nid de poule. L'entrée dans le village était triomphale, les touffes de roses trémières nous escortaient de leurs insolentes couleurs, ou de leurs délicats pastels. Dragées, poussin, vermillon, incarnat. Au loin, mêlée au clapotis de la côte, nous pouvions percevoir la clameur du marché aux poissons. L'impatience grandissait, bientôt, nous allions atteindre la côte sauvage, la grande plage et ses rochers miraculeux. Soudain, le paysage se faisait plus austère, les maison plus éparses. L'air s'emplissait du parfum de la dune, les immortelles embaumaient comme mille petites bulles de pur soleil ; nous touchions au but.

Notre équipage stoppe et nous posons pied à terre. Nous sortons nos opinels de nos poches et nous lançons à l'assaut des rochers. L'odeur iodée presque écoeurante du goémon et des coquillages ne fait qu'attiser notre convoitise. Chaque creux, chaque excavation, chaque veine du rocher nous apparaissent comme autant de petits coffres forts à forcer. Là un bigorneau, là une bernique. Oh ! Regarde papa une anémone de mer. La petite masse gluante et pudique dont nous venons troubler le repos se recroqueville, vexée. Mais voici les trésors, les plus rares, celles qui nous font lever si tôt, celles pour qui nous blessons nos pieds d'enfant dans d'horribles sandales en plastique. Nous avons découvert un gisement d'huîtres sauvages. Et pendant que papa les déloge de leur gangue de roche, nous les gobions avec avidité, comme autant de petits bouts de vacances volées. Peut-être en laisseront nous quelques unes pour l'été prochain.

C.P

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