L'ennuyeux avec les rencontres, c'est qu'elles ne se font jamais comme il faudrait. Trop tôt, plus tard, trop vite, trop sale, pas assez de lumière, encore un peu de sucre, et surtout beaucoup de pluie. Les rencontres tiennent à peu de choses généralement. Mais évitons les généralités, je déteste ça. Alors disons que les rencontres ne tiennent qu'à un fil, et qu'on à tendance à se prendre les pieds dedans. Et je ne parle pas que des rencontre amoureuses. On peut rencontrer l'amour au coin de la rue, mais on peut aussi y rencontrer un voisin, un ami, plus rarement un cheval, des fois personne et assez souvent au coin de la rue, on trouve une autre rue. A vrai dire, tout est une question de timing. Où avez-vous perdu les précieuses secondes, les quelques minutes, qui vous aurait fait rencontrer au coin de cette rue l'amour de votre vie, le voisin de votre palier, le cheval de votre oncle? C'est la question que je me pose chaque fois que je me trouve au croisement de deux rues. Une cigarettes de trop, un café de plus, les petits détails qui font que toutes les pages de votre emploi du temps ce sont liguées contre vous pour qu'il ne se passe absolument rien au coin de ces deux rues. Mais je vous vois déjà courir vers votre Filofax, un éclair de rage au fond de vos si beaux yeux, avec la ferme intention d'en arracher toutes les pages. Calmez-vous, rasseyez-vous, servez-vous un verre et réfléchissez. Tout ceci n'a rien à voir avec le hasard. Le meilleur moyen d'expliquer quelque chose qu'on ne comprend pas étant de le réduire à une suite d'équation incompréhensible, c'est ce que nous allons nous efforcer de faire. Ca ne règle pas le problème, mais ça soulage.   
 

 Ce qu'il y a de formidable avec les rencontres, c'est qu'elles changent fondamentalement et à chaque fois le cours de notre existence. En conséquence, une rencontre vous en fera forcément rater d'autres. C'est un principe idiot de dynamique relationnelle et de causalité socio-temporelle. Un peu comme cet enfoiré de papillon qui bat des ailes en Chine rien que pour déclencher un ouragan à l'autre bout de la planète. Mettons tout ceci en équation afin que chacun puisse être persuadé de comprendre de quoi il s'agit.

Notons la rencontre "ami" dans un bar de quartier comme l'évènement A. De ce A découle une suite de probabilité dont nous réduirons le champ à quelques nodules simples:

oV pour la prise en commun d'un verre

oD pour une discussion concernant justement la responsabilité du papillon communiste suscité sur la pluie et le beau temps de ces jours derniers

oE pour une esquive rapide de "ami" en relation avec une vieille dette impayée.

Une fois toutes ces dérivations posées sur un joli tableau noir, détaillons la succession de relation qui peut les lier entre elles en y accolant quelques flèches joliment dessinées.

De A peut donc découler n'importe laquelle de ces possibilités:

Soit A à V

Ou A à D

Ou A à E

Mais tout ceci est encore trop simple pour rendre compte pleinement du phénomène. Il n'est par exemple pas interdit d'exclure la notation A à V + D ou encore A à V + D = E.

Laissons pour l'instant ces dérivées complexes et précisons seulement que de toutes ces possibilités, découle un ensemble de chemins différents qui peuvent, ou non, se croiser.

Et ici nous approchons du but.

Ce savant agencement de lettres et de signes digne des plus grands kabbalistes nous donne donc une vision claire et dépouillé de l'implication d'une simple rencontre.

Tout ceci pour vous expliquer que l'événement A a de fortes probabilités statistiques de vous faire rater un autre événement ( donnons pour l'exemple une rencontre "gardienne de l'immeuble" notée G ).
De A s'écoule un flux ininterrompu de flèches, de lignes et de lettres majuscules contre lequel vous ne pouvez pas grand chose. Vous ne rencontrerez jamais les bonnes personnes au bon moment, même si vous restez huit jours au coin de la rue. Alors cessez de vous énerver.

A moins bien sûr d'être un papillon chinois, auquel cas vous pourrez toujours vous venger en déclenchant des tornades un peu partout.

Précisons aussi que la méthode peut être appliquée à n'importe quel phénomène tels que la vie en général, les accidents de train, les résultats sportifs ou la théorie des supercordes. La conclusion de cet exposé est simple: si vous savez dessiner de belles lettres majuscules et des flèches parfaitement droites, vous pourrez vous faire embaucher dans n'importe quel université, et y faire de formidables rencontres.

Ne dites pas le contraire: vous n'y pouvez rien, c'est mathématique.

 
     

 

 

R. P