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Hier soir j'ai rencontré un mulot. J'étais couché, j'avais éteins la lumière. J'étais résigné à m'endormir, quand un bruit ténu et furtif m'a rouvert les yeux. J'habite seul une petite masure au fond d'un terrain vague. L'endroit est un peu inquiétant. La nuit tous les bruits, tous les mouvements y sont suspects. Je ne pouvais pas croire qu'il y eut quelqu'un dans la pièce, mais apparemment je ne m'y trouvais pas seul : des froissements, des craquements, interrompus à tous moments par un bruit plus faible et plus régulier, quelque chose d'organique impliquant la présence d'une organisation vivante, troublaient le silence et témoignaient d'une activité se déployant chez moi, à mon nez et à ma barbe. Je me redressai, rallumai la lumière et me tint assis sur mon lit, tâchant de découvrir d'où parvenaient les bruits. Ils émanaient de ma corbeille à papier. Je m'approchai et la renversai d'un orteil précautionneux. Parmi le contenu de papiers froissés qui se déversa à terre, il y avait un vieux trognon de pomme et un mulot brun. |
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Le trognon de pomme, gravement entamé, les pépins en déroute et la queue tremblante, se réfugia sous ma jambe de pyjama. Le mulot brun trottina comme une balle qui roule jusqu'au mur, à quelques mètres de moi, et s'immobilisa. Après un court silence il m'expliqua qu'ainsi il n'avait pas à se tordre le cou pour me regarder. Apparemment c'était un mulot vaniteux qui ne voulait pas avouer qu'il avait eu peur. Le trognon tremblait toujours
contre ma cheville. Le mulot me le réclama avec une certaine
insolence. Il ne voyait dans le trognon qu'un plat destiné
à apaiser sa fringale, et non pas un être qui souffre,
qui a froid, peur, qui a le droit de vivre comme les autres,
comme il peut dans les poubelles. Je lui ai abandonné le trognon. C'était lâche de ma part mais j'espère que, son appétit ainsi calmé, il rentrera chez lui et laissera tranquille mes livres, mes fils électriques et mon garde-manger. |
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O. S