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Elles ont failli avoir lieu, il s'en est fallu d'un mot qu'on a pas prononcé, d'un élan moins rapide de notre marche, qui eût permit qu'on arrête là, à ce point précis, le défilement des rues ou du paysage, l'erre de notre petite existence. Voilà ces rencontres avortées stockées pendant quelques jours dans une région particulière de l'âme. Elles y macèrent dans une solution douce-amère de liquide fantasmatique et de bicarbonate d'occasion perdue. Rongées par l'action du mélange, elles finissent par se résorber, bientôt remplacées par d'autres. |
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Mais il ne faut pas se bercer d'illusions : cet efficace et constant travail chimique n'épargne pas à l'individu sans à-propos qui multiplie ces ratés dérangements, fièvres et turbulences. Il finit par vivre toutes ses journées dans la réalisation imaginaire de ces rencontres, dans le regret d'un passé enfui et inaccompli. Il tombe lui-même, pour ainsi dire, dans la solution douce-amère de cette région de son âme où se traitent ses déceptions, il est lui-même rongé et s'identifie à une entreprise de ratage permanent parcourant le monde, parcourant les rues, parcourant les fêtes, ne sachant plus que faire de son corps maladroit et trop avide, et résolvant cette perpétuelle incongruité de sa présence par un déplacement sans frein qui appelle la rencontre et la fait échouer en même temps. |
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Celui, plus léger, plus maniable, plus virevoltant, qui sait au contraire dévier sa course et accepter quelque unes de ces propositions du hasard, peut se rassurer sur son propre compte. Sa trajectoire le prouve : il ne traverse pas la vie comme un projectile. Il n'a pas été tiré à bout portant du ventre de sa mère. Le petit peuple des rencontres imaginaires ne le tourmente pas de ses piqûres urticantes. Certaines même, au lieu de sombrer rapidement dans l'oubli, maintiennent cette vertu d'enchantement des choses entrevues. Une mélodie s'échappant d'une fenêtre ouverte et aussitôt refermée, un paysage fuyant le long d'une route, le visage d'une jeune fille à peine effleuré d'un regard, frappent à une porte particulière de l'esprit, où les plus viables de ces évanescentes particules chargées d'énergie sont précieusement recueillies et, dans des gerbes d'étincelles, transformées en souvenirs de bonheur absolu, de beauté éternelle. O.S |