Monsieur C. a trouvé du travail
A un âge où la qualité d'enfant à charge n'est plus assumée par l'intéressé lui-même sans un certain inconfort moral, monsieur C. s'est forcé à quitter enfin le domicile familial. Pour pouvoir prolonger plus avant son existence sur cette terre, il a trouvé un travail. Cela a été très difficile. A cette occasion monsieur C. a constaté qu'il était capable de remuer ciel et terre pour obtenir quelque chose qu'il désirait de tout coeur éviter. |
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Tous les jours sauf deux à la fin de la semaine, monsieur C. est donc à son travail. Il est assis devant un ordinateur. En tapotant sur le clavier, il modifie de façon décisive ce qui est affiché à l'écran. A la fin de chaque mois, il reçoit un salaire. Monsieur C. a trois collègues de travail qui accomplissent, dans le même bureau que lui, une tâche similaire. Les collègues de monsieur C. appartiennent à l'entreprise depuis plusieurs années. C'est depuis qu'il a rencontré ces personnes que monsieur C. pense avoir découvert où réside réellement la supériorité de l'homme sur l'animal. L'homme connait l'ennui. Il peut s'emmerder avec persévérance et minutie. Monsieur C. pense ne pas être à la hauteur de ses collègues. Tôt ou tard le courage lui manquera. Mais peut-être se sous-estime t-il, peut-être ce défaitisme est-il l'effet de sa qualité de nouveau venu. En attendant d'avoir acquis la patience de chose de ses collègues, monsieur C. rogne la journée par tous les bouts. Il étire les pauses autant que cela est possible sans éveiller l'attention. Il prend son temps aux toilettes. Il prend son temps à la machine à café. Il savoure chaque déplacement entre deux bureaux, chaque voyage vers la photocopieuse.
Le matin monsieur C. attend le repas de midi. L'après-midi il attend l'heure de la sortie. Durant la semaine il attend la fin de la semaine. Depuis qu'il travaille dans cet établissement, monsieur C. voit des pauses surgir à l'horizon, et se rapprocher de lui lentement. Lui est assis à son bureau, quand la pause apparaît dans le lointain, belle comme un songe. Elle grossit, signe qu'elle fait route vers lui. Elle grossit toujours, et en passant sur lui elle le détend et le ragaillardit. A intervalles rapprochés monsieur C. consulte sa montre. Il scrute ainsi un horizon où se profilent départs aux toilettes et départs en vacances. Depuis qu'il travaille, monsieur C. a le sentiment très net qu'il doit à l'entreprise qui l'a embauché de pouvoir prolonger plus avant son existence sur cette terre. Mais parfois il se demande si la pause en vaut la chandelle. |
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O.S