- Non, là, vraiment, il faut que j'arrête. Il faut que je fasse une pause. - Pardon? - Je disais: "Il faut que j'arrête." Au moins quelques mois. - Arrêter quoi? - Mon travail. - Pourquoi? - Parce que je vais perdre ma femme. - Ah, je vois, votre travail vous prend trop de temps. - Pas du tout... enfin si... mais ce n'est pas de cela dont il s'agit. Voyez-vous, je suis gynécologue, monsieur, et ce n'est pas toujours facile. - La tentation, sans doute. Votre femme ne vous fait pas confiance? - Mais si, mais si. - Alors, elle est jalouse? - Mais non, mais non; seulement, après quinze ans de métier, on acquiert certains automatismes qu'il n'est pas bon de reproduire lors de certains moments. - Je ne vous suis pas. - Allons, allons, faites un effort. Faut-il que je vous fasse un dessin? Toute la journée des culs, quarante touchés vaginals par jour, moi, je n' arrive plus... - Naux! - Quoi "no"? - Naux, vaginaux. Vous avez dit "vaginals", mais on dit vaginaux au pluriel. - J'ai dit "vaginals"? Avec toutes ces histoires, j'en perds mon latin. - Vaginal, vaginaux, bicyclette, velos... - Mais je vous en prie. Continuez. Vous faites de l'humour à trois francs cinquante et vous pinaillez sur un "nal" au lieu d'un "naux", alors que je vous parle serieusement de problèmes graves. Mes problèmes! D'ailleurs, où en étais-je de mes problèmes? - Vous en étiez à "quarante touchés vaginals par jour". - Mais vous m'emmerdez à la fin! Vous vous foutez de ma gueule! - Pardonnez-moi, surtout ne vous fâchez pas. Je suis parfois taquin. - Bon, oui, comme je disais, je n'arrive plus à faire la coupure avec le boulot et forcément, ça déborde sur ma vie privée. Et, croyez-moi, un touché vaginal, ça n'a rien de sensuel. SILENCE - Je vous ai choqué, vous ne parlez plus. - Non, non, pas du tout. Mais ce que vous dites me fait penser à mon beau-frère. - Ah? Il est gynécologue, lui aussi? - Non, il est vétérinaire. En campagne. Peut-être que lui aussi devrait faire une pause. |