
Le train est à peine entré en gare, que Patrice Bum saute à quai au risque de se casser une jambe. "Fumier de contrôleur!" fulmine-t-il, froissant une contravention dans sa main. Son visage est déformé par la colère. Patrice Bum a été vexé. Humilié. Il se fraie un chemin jusqu'aux guichets de la gare Montparnasse en donnant de furieux coups de coudes. Des files de plusieurs dizaines de mètres. "C'est inadmissible!" hurle-t-il. "On se croirait en Russie communiste..." Il souffle, grogne, s'agite. "Glandus de fonctionnaires!" ajoute-t-il, constatant que plusieurs guichets sont fermés. "Comme si on avait que ça à faire, d'attendre... On s'demande où vont nos impôts!" Il passe d'une file à l'autre pour trouver la meilleure, celle où l'attente est la moins longue Mais, à chaque fois qu'il quitte une file, il perd une place. Sa rage ne fait que s'accroître."Des veaux ! Des veaux, voilà ce qu'on est !" Soudain, ô miracle ! Là, sur sa droite, dans un petit renfoncement, Patrice Bum aperçoit un guichet libre. D'un rapide coup d'oeil circulaire, il s'assure que personne ne va tenter de le devancer. Mais cela ne vient à l'idée de personne. "Bonjour madame!" gueule-t-il d'une voix sèche dans l'hygiaphone. "Un connard de contrôleur m'a collé une amende à cause d'une erreur d'impression. Bien la peine de faire de la pub pour vos machines sophistiquées !" La guichetière, une jolie rousse, ne lui jette même pas un regard. Elle sourit à sa collègue, plaisante comme si Patrice Bum n'était pas là. Une fossette agrémente son sourire. "C'est ça, payez-vous ma tête! Mais, croyez-moi, ça ne se passera pas comme ça!" vocifère Patrice Bum, brandissant sa contravention. Vous n'êtes qu'un ramassis de fainéants! Je me crève le cul au travail pour des médiocres de votre espèce! C'est ça, allez-y, ricanez! Il ricanait aussi, le contrôleur. Ah, ça! Fallait voir comment il a pris son pied... Alors, monsieur, on a voulu resquiller! Cet enfoiré a fait exprès de ne pas vouloir comprendre. Tout ça à cause de vos saloperies de machines." La jolie rousse est comme indifférente aux propos de Patrice Bum. Elle regarde sa montre, ses ongles fraîchement manucurés. Un de ses collègues lui apporte un café fumant. Patrice Bum n'en croit pas ses yeux. Il explose : "Mais je rêve! Mais c'est du délire ! Quand il s'agit de vous mettre en grève, d'emmerder les autres, là vous dites présent. Putain, je te donnerais un coup de balai là-dedans." "Pour nous remplacer par
des machines..." pensa la jolie rousse en esquissant un sourire.
"Je vous mettrais au travail, moi, et pas question de papoter avec le voisin..." "Vous désirez ?" demande
subitement la jolie rousse, enlevant une petite pancarte que Patrice Bum,
aveuglé par la colère, n'avait pas lue. "Monsieur, je peux
vous aider ?" |