
passeport social
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- Crétin ! - Conasse ! Roulure, catin, chienne et pute ! Pour qui elle se prend celle-là ? Tout ça parce qu'elle a un beau cul, des gros seins, et un sourire . Mais sans moi elle ne serait rien. Fallait voir ce qu'elle faisait avant que je la rencontre. Qu'est ce qui m'a pris de la traîner avec moi dans les dîners en ville ? Moi, il m'a fallut des mois et des mois d'entrisme et de bassesses pour intégrer le clan des dîneurs. Elle, son beau cul, ses gros seins et son sourire. |
| Moi, démontrer que l'essence précède l'existence, que la chute du dollar allait déstabiliser les marchés européens, que Jospin n'en avait plus que pour quatre semaines de popularité, enfin payer de ma personne en participant au débat, justifier par mes traits d'esprit ma présence en ces lieux où je mange à l 'oeil trois ou quatre fois par semaine. Elle, sourire. Pendant que j'entretiens la conversation entre deux bouchées, il lui suffit d'être là à trimbaler sur l'assistance ses faux airs de Joconde. Elle n'ouvrait la bouche que pour manger. Ca a suffit. On l'a invité, on lui a même dit qu'elle pouvait m'amener si elle voulait. Tout ca parce qu'on lui trouve un charme, un mystère. Il paraît qu'elle "respire l'intelligence" . Mais c'est son sourire qui fait tout le boulot. Elle a la tête vide. Pas le vide mystique, non mesdames messieurs, le vide de l'idiotie. | |
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Et voilà qu' hier à l' arrivée du fromage, ce sourire cache-misère, ce placard publicitaire pour rouge-à-lèvres extra-chic, devient le sujet unanimement adopté de la conversation, le maître de maison en personne ayant d' un ton pénétré fait part de son émerveillement. Et tout un chacun, et à son tour et à qui mieux mieux, de s' esbaudir sur le charme, le mystère, la finesse, l' intelligence, la profondeur, l' aura du sourire de cette cruche, à qui la joie des louanges montait si fort à la bouche que tous ses efforts pour conserver un sourire fin et modeste échouèrent finalement. |
Elle a découvert les dents dans un rictus pitoyable, et je n' ai pas pu m'empêcher de me payer sa tête. Mal m' en a pris. Non seulement personne n'a ri, mais j' ai encouru la réprobation générale. De quel droit, moi, cloporte insignifiant, m'étais-je attaqué à cet astre ? L'astre en question, dont la nouvelle position dans le petit système social où je l' ai introduite, a soudain rendu intolérable mon insolence d' ex-compagnon de disette, m' a fait savoir que, dorénavant, si je voulais continuer à manger gratis, j' avais plus intérêt à compter sur la soupe populaire que sur elle. De toutes façons, je me déshonorais par ces exercices de basse volée pour obtenir un morceau de foie gras ou une part de sorbet à la fleur d' oranger. Je renonce à ces mondanités stériles. Dés demain j' achète un ouvre-boites. |
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