Parabole dangereuse
(décrite par un ballon, qui en vient à
occuper tout le terrain).
Un dimanche chez ma soeur. Un peu assommé par le repas et le vin, je sirote un café espérant vainement sortir de cette torpeur particulière des dimanches en famille. Mes nièces courent après un ballon. Intervention de mon beau-frère:
"Il ne faut pas jouer au ballon! Vous pourriez l'envoyer chez le voisin."
Et je me rappelle quelle délicieuse inquiétude nous saisissait quand le ballon ayant franchi la barrière, il nous fallait aller le quérir auprès de cette inconnue, dont le sourire discret nous révélait le charme mystérieux, tendre et inquiétant à la fois, de l'accident bourgeois. (Ça je le dis maintenant et c'est forcément un peu faible a côté du frisson de l'enfant que je fus, surtout si la voisine était le voisin: un vrai beauf, lui)
J'allume la radio et une cigarette. Les événements du monde se répandent dans la langueur d'un après-midi en famille. Et je me demande où sont les bords de cet univers qui m'entoure, comment le représenter? Ne serait-ce qu'un gouffre uniformément présent? Qu'une platitude tapissée de dangers?
Est-ce topologiquement possible, Monsieur Thom? Est il possible que les bords de l'espace social aient disparu au profit de discontinuités en tout point? Quelle disposition de la société peut avoir produit une mathématique aussi difficile à concevoir? Bref, quel est l'intérêt de jouer au ballon dans un jardinet, si on ne risque pas de l'envoyer ailleurs?