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La dépanneuse

 

Le rouge de l'affichage à cristaux liquides me brûle les yeux. Pourquoi est-ce que je ne dors pas?

A coté de moi, elle réussit à dormir: le ronronnement régulier de son moteur me le confirme. Dans un coin de la pièce une tache irisée, comme si de l'huile de vidange avait coulé, de l'huile ou de l'essence, je n'ai de toute façon jamais été doué en mécanique.

Je rêve:

La rencontre avait eu lieu vers 19H au cours d'une soirée. Je ne me rappelle pas ce qui m'avait séduit chez elle. Ah! si, une collision de nos verres au bar, le bris de glace par terre, un mélange de nos deux fluides, association hétérogène de liquides inflammables. Je lève mes yeux depuis le sol jusque vers ses yeux: une paire de jambes fuselées comme un bolide de course, ses ongles gris métallisé, puis ses mains posées sur ses hanches comme un reproche (comme si la perte de son carburant pour la soirée équivalait au gaspillage de cocktail suralimenté qui fuit mon verre brisé pour se répandre en gouttes dorées sur la moquette), un T-shirt trop étroit pour son anatomie puis des yeux dont la couleur me rappelle une bougie.

Ensuite, c'est un peu flou: Mercedes, elle travaille pour l'ambassade d'Espagne, elle ne jure que par le Punk et le Garage. Nous finissons chez elle, dans un lit dont la suspension laisse à désirer. Ensuite ce n'est plus qu'une question de transmission du même message. Vers 23H pause; histoire de recharger les batteries et de manger une pizza.

Réveil en sursaut, lit froid à coté de moi, il plane dans l'air une odeur d'essence de cannabis, de sueur, et de sexe.

Un post-it sur la table: "laisse les clés dans la boîte aux lettres, je te téléphone..."

 

Je commençais à penser à elle comme à la chance de ma vie, au fond je n'étais pour elle qu'un accident.

Où est la roue de secours ?