J’ en ai connu des messieurs-dames

Se disant mes frères, mes soeurs,

Ils m’étaient et restent pourtant

Plus étrangers que des gens d’ailleurs.


J’ en ai connu qui avaient du plaisir

A jeter du sel sur nos plaies

Ils donnaient des coups sans remords

Dans le ventre des anges ligotés.


J’ en ai connu des joies incertaines

Qui fondaient comme les neiges à peine tombées

La milice séparait les amants

Impuissante à nous empêcher de rêver.


J’ en ai connu des perles rares

Les héros de l’amour du prochain

Aussi beaux dedans que dehors

Tout dans le coeur, rien dans la main.


J’ en ai connu de ces personnes

En apparence douces, gentilles

Signalement : maîtres en terreur

Ennemis du beau, la hantise des filles.


J’ en ai connu des amis retrouvés

Méconnaissables, au-delà de leur peau

Ils venaient des terres de la peine

Où la vie s’échange sous le manteau.


J’en ai connu des petits hommes de quinze ans

Que l’on disait portés disparus

Ça voulait dire : fusillés, fosse commune

La vérité ne se montrait jamais nue.


J’en ai connu revenus de tout

Dans la ville, devenue le cimetière

Ils allaient chaque jour auprès des morts

Pour pleurer sur leur vie d’hier.


J’en ai connu, hélas, de ces choses

Que je ne pourrai jamais t’écrire

La nuit s’achève, ma douce Niosha

Je vais regarder l’aube revenir.

Que c’est bon de vivre,

Que c’est bon de vivre !


S. N.