Murs
de formol et bips d'exister, ne surtout pas sombrer dans l'intolérable
intermittence. Comme un mendiant les yeux bouchés, s'accrocher...
Seconde en plaie de toi à moi, j'ai la nausée du coin
des lèvres, l'indicible à portée du doigt. Fêlée...,
la porte va s'ouvrir... ; et je l'attends.
Pas d'exutoire au moment... Quelle voie ? Quelle voix ? A trop vouloir
t'entendre, je m'abîme aux quatre coins d'une conscience acérée
; saigne dans ma pensée chacun de ses mots. Retrouver le chemin
de la linéarité ; palper... Mais par où chercher
? Coup d'oeil à gauche..., droite..., regards obliques ; sonder
dans les visages patients l'emprise du temps. La reprise de l'instant.
La porte va s'ouvrir..., et moi je t'attends. Bribes de conversation
comme gilet de sauvetage, fragments de diction pour éviter le
naufrage... Flotter sur un tissu de mensonges.
" Ca va aller tu sais... plus dur est passé... affaire de
quelques mois... rétab' "
Chuchotements interrompus.
Tiré par ses infirmiers, un mourant passe. Plus que du rouge
au côté droit. Bientôt pour lui le retour d'absence
à son souffle dernier. Combien de balles perdues ? Ne pas penser...
De mines fabriquées et de corps explosés. Surtout, ne
pas y penser ! Je t'attends.
Tendue à craquer, je m'abîme dans tes chemins buissoniers
aux hasard du fauché. De l'errance de l'enfance à la bombe
rencontrée, le prix d'une seconde. Ta vie coince une bougie dans
le troisième des mondes. Et moi qui sombre dans cet immonde.
Irréversible... Nés ici et pas là-bas, pas de pourquoi
; pas de comment. Oublier le scandale en droit international ; attendre
son fils. La porte va s'ouvrir... Et moi je t'attends.
Fébrilité et ongles arrachés, mes mains jouent
la partition de ton non-retour. Scandent l'horreur de ton détour.
J'ai mal... mal. Ne pas penser ! La porte va s'ouvrir. Je t'attends.
Ne plus te serrer dans mes bras, toi qui vient de moi ? Je t'attends.
J'ai mal... Je m'abîme... Je t'aime... Je t'attends.
La porte s'ouvre.
S.
D.