Oh, j'ai vu ma vie
L'aube lissé
Un rien
Que signifient tous ces mots ? Rien, rien que la fatigue
du corps et la tension de celui qui toutes les nuits allume et éteind
successivement entre deux crachées de mots et de sang.
Et pourtant combien y a t-il d'évènements, de sédimentations
pour nous faire tels que nous sommes ? Connaître les pemiers signes
qui fondent les actes seconds et dérivés
combler
cette ignorance, comme une remontée vers soi.
Je cherche ce que j'estime trouvable au-dedans, qui
effleure la peau, glisse au souffle l'élan d'un soupir enchanté.
Beau vieillard à l'humeur froissée je ne tiens pas à
écrire. Ca vient, juste. Le reflet du miroir se creuse doucement.
Il faut amuser nos heures et surtout souffrir avec modération
Aimer sans désir
Ecrire
Cette nuit je lance des messages dans toutes les directions
de l'infini. Le ciel, sombre, porte de minuscules points lumineux :
ce sont nos idées d'espoirs. Et quand j'aurais fini cette lettre
pour toi, je continuerais d'écrire en déclinant ces idées
d'instant partagé en autant de feuilles que ma faiblesse me le
permettra.
C'estd drôle les histoires que se font les gens
Une lettre
Des souvenirs
Un visage
Maria
Tu es la substance même de cette expression : " avoir du
poids ", comme si l'on pouvait courber l'espace de l'imaginaire
des gens.
Que peux t-on faire contre le charme ? S'effacer.
L'assumer comme limite et loi intérieure
Maria
Que se passe t-il après ?
Comment est-ce, là-bas, de l'autre côté des années,
du sommeil ? L'oublie réconforte t-il ?
Ici, à chaque réveil, ne reste que l'intime conviction
de souvenirs. Le rappel que des parts de vies ont été
laissées en gage d'une promesse.
Depuis la fenêtre, j'observe le repos dominical
des murs, leur insistance, leurs sourires : je suis le plus ridé.
Cela a débutté il y a peu. Le regard dédoublé
du miroir m'assomma. Mes traits s'estompèrent ! Et les yeux devinrent
des saphirs me plongeant au-dedans opaque. La lumière m'aspira
de l'autre côté. Basculant par dessus je tombais, élevé.
L'infirmière me trouva inerte mais intact.
Leur regard depuis a changé. J'ai passé
un cap. Pas de champagne pour ce Parallèle. Juste un regard,
un peu plus de biais.
Combattre pour ne pas abdiquer devant l'institution
qui nomme, devant les docteurs qui jugent, classifient. Je deviens autre
: malade. Cette particule, cette accolade mortuaire engage à
la perte de soi. Je suis autre part, soigné dans un système
dit hospitalier où l'hôte est doublement étranger
dans la demeure où il réside.
Cauchemard : je suis un vieillard sans sommeil, fébrile
à chercher sa mémoire flouée, éparpillée.
Car se sont maintenant des instants bien réels qui l'assaillent.
Et tous ces bouts de vie revenant cassent ce sentiment de soi que l'âge
veut apaiser en mensonges faciles. C'est la réponse de la vie
à l'illusion des sens.
De même l'écriture ne peut être une
accumulation. Une telle addition est celle d'un manque.
Mon dieu le miroir de nouveau
Nous y sommes. Lui ne voit plus. L'instant épuise son corps.
Et moi, je ne vois plus que lui, prêt au spasme. Nous recommençons
une même vision ; puis ouvre les paupières. L'image stable.
L'image est ordonnée, soit, intensément. Nous réglons
le sentiment de notre vie en dispositions logiques aussi perdurables
que possible. Ces sensations ont l'assentiment d'une certaine notion
d'unité. L'ensemble de ce que mes sens contactent autour du corps
aboutit à une présence réglée. Ma vie prend
sens dans le sentiment même de cette réglementation physique
de ma présence. Mais sous la perception, il n'y a pas forcément
d'ordre sous-jacent, d'arrière monde, d'où proviendrait
nos règles de vie
.
L'infirmière entra, poussa un juron et appella
le medecin de garde.
Cet ancrage de lui au monde se retirait de sa conscience
et cependant agrandissait démesuré ses tentations. Il
portait l'infini narration, se conjuguait, se vendait, s'exposait en
petits mouvements d'équinoxes, son regard vide.Il n'était
déjà plus de ce corps, distant de lui-même autant
que du jugement des autres.
Naufrage.
Maria, tu es ma sirène. Deux petits singes miment
tes yeux.
Maria.
JA.S