antidata n°11 - le dernier



 

 

Oh, j'ai vu ma vie
L'aube lissé
Un rien

Que signifient tous ces mots ? Rien, rien que la fatigue du corps et la tension de celui qui toutes les nuits allume et éteind successivement entre deux crachées de mots et de sang.
Et pourtant combien y a t-il d'évènements, de sédimentations pour nous faire tels que nous sommes ? Connaître les pemiers signes qui fondent les actes seconds et dérivés…combler cette ignorance, comme une remontée vers soi.

Je cherche ce que j'estime trouvable au-dedans, qui effleure la peau, glisse au souffle l'élan d'un soupir enchanté. Beau vieillard à l'humeur froissée je ne tiens pas à écrire. Ca vient, juste. Le reflet du miroir se creuse doucement.

Il faut amuser nos heures et surtout souffrir avec modération
Aimer sans désir
Ecrire

Cette nuit je lance des messages dans toutes les directions de l'infini. Le ciel, sombre, porte de minuscules points lumineux : ce sont nos idées d'espoirs. Et quand j'aurais fini cette lettre pour toi, je continuerais d'écrire en déclinant ces idées d'instant partagé en autant de feuilles que ma faiblesse me le permettra.

C'estd drôle les histoires que se font les gens
Une lettre
Des souvenirs
Un visage
Maria
Tu es la substance même de cette expression : " avoir du poids ", comme si l'on pouvait courber l'espace de l'imaginaire des gens.
Que peux t-on faire contre le charme ? S'effacer.
L'assumer comme limite et loi intérieure
Maria
Que se passe t-il après ?
Comment est-ce, là-bas, de l'autre côté des années, du sommeil ? L'oublie réconforte t-il ?
Ici, à chaque réveil, ne reste que l'intime conviction de souvenirs. Le rappel que des parts de vies ont été laissées en gage d'une promesse.

Depuis la fenêtre, j'observe le repos dominical des murs, leur insistance, leurs sourires : je suis le plus ridé.

Cela a débutté il y a peu. Le regard dédoublé du miroir m'assomma. Mes traits s'estompèrent ! Et les yeux devinrent des saphirs me plongeant au-dedans opaque. La lumière m'aspira de l'autre côté. Basculant par dessus je tombais, élevé.
L'infirmière me trouva inerte mais intact.

Leur regard depuis a changé. J'ai passé un cap. Pas de champagne pour ce Parallèle. Juste un regard, un peu plus de biais.

…Combattre pour ne pas abdiquer devant l'institution qui nomme, devant les docteurs qui jugent, classifient. Je deviens autre : malade. Cette particule, cette accolade mortuaire engage à la perte de soi. Je suis autre part, soigné dans un système dit hospitalier où l'hôte est doublement étranger dans la demeure où il réside.

Cauchemard : je suis un vieillard sans sommeil, fébrile à chercher sa mémoire flouée, éparpillée. Car se sont maintenant des instants bien réels qui l'assaillent. Et tous ces bouts de vie revenant cassent ce sentiment de soi que l'âge veut apaiser en mensonges faciles. C'est la réponse de la vie à l'illusion des sens.

De même l'écriture ne peut être une accumulation. Une telle addition est celle d'un manque.


Mon dieu le miroir de nouveau
Nous y sommes. Lui ne voit plus. L'instant épuise son corps. Et moi, je ne vois plus que lui, prêt au spasme. Nous recommençons une même vision ; puis ouvre les paupières. L'image stable. L'image est ordonnée, soit, intensément. Nous réglons le sentiment de notre vie en dispositions logiques aussi perdurables que possible. Ces sensations ont l'assentiment d'une certaine notion d'unité. L'ensemble de ce que mes sens contactent autour du corps aboutit à une présence réglée. Ma vie prend sens dans le sentiment même de cette réglementation physique de ma présence. Mais sous la perception, il n'y a pas forcément d'ordre sous-jacent, d'arrière monde, d'où proviendrait nos règles de vie….

L'infirmière entra, poussa un juron et appella le medecin de garde.

Cet ancrage de lui au monde se retirait de sa conscience et cependant agrandissait démesuré ses tentations. Il portait l'infini narration, se conjuguait, se vendait, s'exposait en petits mouvements d'équinoxes, son regard vide.Il n'était déjà plus de ce corps, distant de lui-même autant que du jugement des autres.
Naufrage.

Maria, tu es ma sirène. Deux petits singes miment tes yeux.
Maria.

JA.S

 


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