Le réveil
sonne. Je l'attrape, je l'arrache, je le jette contre le mur, il explose
en une pluie de microcircuits verts et rouges. Immédiatement
je regrette mon geste : le réveil n'y est pour rien si j'ai une
vie de merde. Ca soulage quand même. Je me lève, je vais
dans la cuisine. Je me brûle en faisant réchauffer du vieux
café. Je saisis la casserole et je la balance dans l'évier.
Les traces noires dégoulinent le long du carrelage en dessinant
des motifs qui ont l'air de se foutre de ma gueule. Déjà
j'ai moins de remords que pour le réveil. Là non plus,
ni le café ni la casserole ne sont vraiment coupables de quoi
que ce soit. Mais putain, tout mon environnement s'est ligué
contre moi pour m'agresser et il faut bien que je réponde. C'est
de l'autodéfense, c'est pas condamnable. Il y a du bruit dans
la salle de bain. ELLE en sort pendant que je suis en train de remplir
un filtre en papier de poudre noire caféinée pour renouveler
le stock (entre temps j'ai éclaté un paquet neuf avec
les dents parce qu'il refusait de s'ouvrir et j'ai tordu 2 cuillères,
les considérant trop petites, le tout sans plus aucun repentir).
ELLE arrive dans la cuisine en peignoir blanc, souvenir d'un hôtel
haut de gamme où nous avons passé un week-end en amoureux
il y a
longtemps.
- Qu'est
ce qui t'arrive ce matin, t'en fait un de ces boucans !
Je pense
: qu'est ce qu'il m'arrive ce matin ? C'est bien de te poser la question.
Tu ne te demandes pas ce qu'il m'arrive tous les matins depuis tout
ce temps ? Non, tu ne te le demandes pas et c'est normal.
Je dis
: rien.
- Fais
gaffe, tu mets du café partout.
Je sais.
- Fais
attention je te dis !
Non.
- T'es
malade ou quoi ? Pourquoi t'as mis une cuillère tordue dans le
grille-pain ?
Self défense.
Je mène une guerre sans merci contre la cuisine. ELLE a finalement
réussi à retirer la cuillère du grille-pain. L'odeur
envahit la pièce plus vite qu'un nuage de sarin une station de
métro japonaise.
- Tu devrais
mettre de l'eau dans la cafetière avant de l'allumer, sinon ça
ne va pas marcher.
Je suis
très fier de ma cafetière. J'en suis très fier
parce que c'est une des plus rapide du marché. Moins rapide qu'une
machine à expresso, bien évidemment, mais il ne lui faut
pas plus de 4 minutes pour tirer un jus correct. A peine ai-je appuyé
sur le bouton ON que je suis déjà en train de me dévisager
dans le liquide noir.
- Je voudrais
qu'on parle
Stop !
Putain de merde, où est le bouton pause ? Nulle part, je ne le
trouve pas. Même sur cette saloperie de cafetière TGV que
j'ai payée une fortune parce qu'ELLE est toujours pressée
de se tirer de la maison le matin, il n'y a pas d'arrêt sur image.
Ca fait combien de temps que je suis ici ? Que je tourne en boucle ?
J'en sais rien, pas moyen de compter. On va tout reprendre depuis le
début.
C'était
hier.
Le réveil
sonne. J'appuie sur le bouton snooze. Je ne sais pas ce que snozze veut
dire si ce n'est un répit de quelques minutes avant que le réveil
ne se remette à sonner. Je ne profite pas de ce répit.
Je me lève direct, je suis plutôt de bonne humeur ce matin.
Il y a du bruit dans la salle de bain. ELLE en sort pendant que je suis
en train de remplir un filtre en papier de poudre noire caféinée
pour renouveler le stock. ELLE arrive dans la cuisine en peignoir blanc,
souvenir d'un hôtel haut de gamme où nous avons passé
un week-end en amoureux il y a
longtemps. Je suis très
fier de ma cafetière. J'en suis très fier parce que c'est
une des plus rapide du marché. Moins rapide qu'une machine à
expresso, bien évidemment, mais il ne lui faut pas plus de 4
minutes pour tirer un jus correct. A peine ai-je appuyé sur le
bouton ON que je suis déjà en train de me dévisager
dans le liquide noir. Je relève la tête pour la regarder.
ELLE est en train d'avaler une tartine de marmelade d'orange en regardant
par la fenêtre. ELLE scrute le relief de sa tranche de pain orangée
comme si elle pouvait y lire l'avenir et relève ses grands yeux
tristes sur moi. ELLE a vu quelque chose qui ne lui plaisait pas. Maintenant,
à savoir si c'est son futur dans la sculpture de son petit-déjeuner
ou bien ma gueule
- Je voudrais
qu'on parle
Tout a
commencé comme ça
hier. Ensuite il y a eu le jour
suivant.
Le réveil
sonne. J'appuie sur le bouton snooze. Je ne sais pas ce que snozze veut
dire si ce n'est un répit de quelques minutes avant que le réveil
ne se remette à sonner. Je regarde l'heure, un peu confus, je
en sais pas pourquoi. Je traîne un peu dans le lit et finis par
me lever en me cognant au passage le petit doigt de pied dans un montant
du lit. Il y a du bruit dans la salle de bain. ELLE en sort pendant
que je suis en train de remplir un filtre en papier de poudre noire
caféinée pour renouveler le stock. ELLE arrive dans la
cuisine en peignoir blanc, souvenir
heu
vieux souvenir
- Fais
gaffe, tu mets du café partout.
Mmmh. Il
y a vraiment un truc qui ne va pas aujourd'hui. Je sais ce que c'est.
Ca me revient maintenant. Comment se fait-il qu'ELLE sorte de la salle
de bain alors qu'ELLE m'a quittée hier en emportant toutes ses
affaires, notamment le peignoir, une des petites cuillères que
j'ai tordue et la tasse que je suis en train de nettoyer ? Non, je n'ai
pas tordu les cuillères ce jour là. Ou alors peut être
que si.
Qu'est
ce que je voulais dire déjà ? Quelque chose comme : t'es
revenu pendant la nuit et tu as remis tout en place pendant que je dormais
?
Finalement tu ne me considères plus comme un looser imbu de lui-même
qui se prend pour Arthur Rimbaud alors qu'il a juste le niveau du prix
Goncourt des lycéens ?
C'était quoi tous ces beaux discours sur le fait que tu as besoin
de m'admirer un minimum pour m'aimer et que ce n'est plus le cas depuis
trop longtemps ?
A quoi tu joues ma chérie ? Tu t'es retrouvée toute seule
dans la rue avec tes gros sacs et tu t'es dit que finalement un animal
de compagnie alcoolique comme moi pouvait faire l'affaire en attendant
de trouver mieux ?
Je dis
: rien.
Je relève
la tête pour la regarder. ELLE est en train d'avaler une tartine
de marmelade d'orange en regardant par la fenêtre. De la même
marmelade d'orange dont je me souviens parfaitement avoir balancé
le pot par la même fenêtre hier. En fait je n'ai pas jeté
à proprement parler le pot de marmelade d'orange par la fenêtre,
simplement il était dans le frigo avec d'autres trucs quand je
l'ai fait basculer par-dessus la rambarde pour voir ce que ça
fait 25 kilos d'électroménager contre un trottoir tout
neuf. C'est le trottoir qu'a gagné. ELLE scrute le relief de
sa tranche de pain orangée comme si elle pouvait y lire l'avenir
et relève ses grands yeux tristes sur moi. ELLE a vu quelque
chose qui ne lui plaisait pas. Maintenant, à savoir si c'est
son futur dans la sculpture de son petit-déjeuner ou bien ma
gueule
Tout a
commencé comme ça
hier. En avalant son petit-déjeuner
elle s'est mise à me regarder bizarrement, elle a penché
la tête sur le côté comme pour parler à un
clébard et elle m'a expliqué sans fioritures qu'elle allait
se tirer. Qu'ELLE n'en pouvait plus de jouer la comédie, qu'ELLE
avait fini par comprendre qu'entre ELLE et moi c'était une impasse,
qu'ELLE avait régulièrement des aventures. ELLE m'a tout
vomi sur la tête comme un chat qui régurgite ses poils.
Je dois reconnaître qu'ELLE a été honnête.
ELLE ne m'a rien caché.
Mais tout
ça c'était
hier.
Nous ne
sommes pas hier, nous sommes aujourd'hui. Et soit je suis devenu complètement
schizo, soit un Leprechaun me joue un mauvais tour. Le fait que je sois
actuellement en train de creuser un tunnel dans le mur à coup
de cafetière orienterait un observateur extérieur et neutre
vers la première solution. Mais s'il y avait un observateur extérieur
et neutre dans la pièce, je lui mettrais des coups de cafetière
dans la gueule pour me défouler. ELLE hurle. Je la comprends.
Je viens quand même de péter un bijou de technologie hors
de prix en dessinant la Mer de la Tranquillité dans le plâtre
de la cuisine. On serait énervé pour moins que ça.
Je ne suis pas quelqu'un de violent. Enfin je n'étais pas quelqu'un
de violent avant qu'ELLE ne me plante symboliquement un couteau à
beurre dans l'aorte. Hier. Parce que si je pète un câble,
enfin si je repète un câble (je suis un peu confus), c'est
tout de même parce que tout ça c'est déjà
produit hier. Comme un mauvais film de série B où le héros
est prisonnier de la même journée et où il doit
faire quelque chose de bien précis pour s'en sortir. Généralement
c'est gagner le cur de la fille, en tout cas pas éclater
le mobilier à coup de bougeoir (comme je l'ai déjà
fait, hier). ELLE a arrêté de hurler. Je me calme un peu
moi aussi. Et je réfléchis. Peut être que j'ai une
chance. Une chance de la persuader de ne pas partir, une chance de la
convaincre que même si on ne couche plus ensemble
une opportunité
de la faire changer d'avis quant à la médiocrité
de ce que je suis, un moyen de lui expliquer qu'ELLE et moi c'est pour
toujours, en essayant de me persuader moi-même que ce n'est pas
dans le sens où c'est impossible pour toujours et depuis toujours.
Mais depuis le temps, tout ce que j'ai pu faire n'a jamais rien changé.
Comment ça s'est passé hier ? Elle m'a balancé
son laïus sur la vacuité de notre relation, j'ai eu une
absence d'une demi-heure le temps de tout digérer et quand j'ai
émergé, elle était partie. Elle a disparu en emportant
une myriade de petites choses dans toute la maison et en tirant les
tréteaux de mon équilibre mental. Je suis rapidement passé
à l'étape " destruction massive " et ce qu'il
restait de mon appartement, tout ce qu'elle n'avait pas emporté
avec elle, est passé à la broyeuse en moins de deux heures.
Tout ce qu'elle n'avait pas emporté avec elle, y compris moi.
J'ai bien aimé quand le frigo a explosé sous la fenêtre
de la cuisine. C'était joli. C'était joli mais ça
manquait de couleur. Alors j'ai fermé les yeux, j'ai pris une
grande inspiration, j'ai fait une cabriole et j'ai rajouté du
rouge partout dans la rue. Mais tout ça c'était
hier. Oui, c'est bien ça, c'était hier. Je me suis
levée, IL était là, en train de préparer
le petit-déjeuner, de faire tourner cette cafetière dont
IL est tellement fier. Je ne sais pas pourquoi mais c'est en regardant
ma tranche de pain que j'ai décidé de lui dire tout ce
que j'avais sur le cur. De lui expliquer qu'IL n'était
pas l'homme de ma vie et tout le reste. Ca lui a fait un choc. IL est
resté coincé une bonne demi-heure. Par lâcheté,
j'en ai profité pour partir. J'ai pris tout ce qui me tenait
un peu à cur dans la maison et je me suis sauvée.
Finalement je me suis retrouvée toute seule dans la rue avec
mes gros sacs et je suis allée dans un hôtel sordide. Là
bas, je me suis aperçue que toutes les choses que j'avais emmenées
avec moi étaient liées à notre histoire. N'importe
quelle petite cuillère tordue... Ce que j'ai compris à
ce moment là, c'est qu'IL était l'homme de ma vie, que
c'était pour toujours, mais dans le sens où c'était
impossible pour toujours et depuis toujours. Je pense que je n'ai pas
très bien pris la chose. Si je dis ça c'est parce que
quelques minutes après avoir réalisé tout ça,
j'entamais mes poignets dans la salle de bain avec un rasoir à
moitié pourri que j'avais pris sans savoir pourquoi. C'était
ça que je voulais lui dire avant qu'il ne commence à fracasser
la cafetière contre le mur. Que j'avais commis un péché
mortel et que j'étais coincé en enfer. Condamnée
à revivre cette sale journée sans jamais pouvoir rien
y changer.
Que je
suis à perpétuité
Hier.
R.P