Continuons.

 

- Quelque chose a lieu...

 

Mais nous sommes toujours en deçà d'un véritable commencement. Une parole sans phonème, ou un texte sans écrit s'interpose dans notre face à face sans visage. Il y a du non-lieu dans le lieu.

 

- Ces absences portent déjà le commencement au-delà de vos premiers mots. En effet ni le visage, ni la parole, ni l'écrit ne sont là. Pourtant tous leurs attributs sont réunis. Quelque chose a déjà lieu, pour que vous disiez : Il y a du non-lieu dans le lieu.

 

 

- Là

 

Notre entretien, sans parole, muet (un muet érotique), n'est pas vraiment un texte ni un entretien, nous ne nous parlons pas, nous n'écrivons pas et a fortiori nous ne sommes pas là où nous sommes. Pourtant quelque chose a lieu : Là, là où il n'y a pas, où il n'y a plus de lieu, là où il n'y a plus de . Non-lieu de l'avoir-lieu qui donne lieu en ce que ça n'a pas lieu.

 

- ... Pas encore. Car subrepticement nous sommes peut-être déjà en train de faire ce dont nous disons sur tous les modes possibles...

 

... Impossibles.

 

- Sur tous les modes possibles, nous sommes déjà en train de faire ce dont nous disons ne pas pouvoir faire : Dire une parole qui n'est pas-ne sera jamais-dite, écrire ce qui n'est pas écrit, dialoguer.

 

... Pianoter.

 

- Dialoguer là où il n'y a pas de logos, de logue : Pas de dialogue et pas de monologue. Alors quoi ? Un hétérologue.

 

Je disais, pas encore. Car ça n'a pas encore eu lieu : Pas encore, ici, au sens où ça peut très bien ne pas avoir lieu : Mais non plus en terme de possiblité-comme lorsqu'on attends quelqu'un ou un messie qui n'est &laqno; pas encore » là dans un pas encore interminablement suspendu à l'imminence interminable de sa rupture-pas encore lieu au sens où c'est le pas encore qui n'a définitivement plus lieu, qui n'a définitivement plus lieu d'avoir lieu.

 

Vous voulez dire que notre dialogue n'a réellement pas lieu, parce qu'il n'implique plus les formes traditionnelles du dialogue et pas encore ses formes nouvelles ?

 

- Si vous voulez. Je veux dire plus précisément, pour reprendre votre propos, que notre dialogue n'a pas lieu réellement.

 

C'est un dialogue idéal. C'est même la condition de tout dialogue : Un dialogue s'engage toujours quand quelque chose n'a pas lieu, qui devait ou devrait avoir lieu, c'est le dissensus, la polémique... Quand tout le monde est d'accord, il n'y a pas lieu de parler, d'épiloguer...

 

- Oui, mais faites le point sur ce qui se passe là, , puisque vous n'êtes pas là où vous êtes et que je ne suis pas là où nous sommes : Vous êtes pour moi une idée, certes, mais une idée bien réelle, comme en témoigne ce curieux échange, cette glose...

 

...Le Minitel glose.

 

- Cette glose ni glose ni aphasie, qui entrelace, se tresse et serpente comme dans une torsade nos prises de parole où la parole n'a pas prise. Elle est bien réelle et pas du tout idéelle-ou idéale-, ni solipsisme, ni soliloque, ni monologue, vous en convenez, n'est-ce pas ?

 

J'en conviens, ce qui se passe entre nous ressemble fort à un dialogue.

 

- Ca y ressemble.

 

Un dialogue mais dont vous avez passé votre temps à dire qu'il n'en était pas un, d'un lieu qui n'en est pas un non plus... C'est un peu court, ça n'a ni queue ni tête.

 

- Ni réel, ni idéel, il est virtuel. Pas encore là et déjà plus là. Il est là au moment où il fout le camp au moment où il est là il a déjà disparu. Il est pris par ce qui ne peut plus prendre. Ca ne prend pas. Et pourtant ça prend.

 

Vous êtes complètement space !

 

- Considérez donc tout ce que j'ai dit depuis le début comme un prétexte, sachant que nous devons faire face à l'absence de texte jusque dans le prétexte, à la virtualité, d'un texte, d'un dialogue qui n'a pas lieu là où il a lieu, qui a lieu partout, et qui n'a donc pas plus lieu ailleurs, et qui se manifeste en cela qu'il est partout et nulle part, partout nulle part, et partout ailleurs.

 

Ou comme un prologue. Mais si je vous suis, ceci n'est un prologue, qu'au sens où ce qui va suivre le prologue ne sera pas la suite de ce que le prologue annonce. La seule promesse du prologue, ou du prétexte, c'est le texte à venir, le logue à venir. Or si je vous suis, rien ne va venir.

De même le prétexte en question, vous en avez dit à plusieurs reprises qu'il ne prétextait de rien, vous venez d'ailleurs, de le redire une nouvelle fois sous une autre forme. Vous venez d'ailleurs, pour me le dire, mais ailleurs est déjà quelque part, or la part de &laqno; quelque part » elle-même vient à nous faire défaut, se dérobe, à l'endroit où nous nous en saisissons, à l'endroit où il tient lieu de ne rien tenir, au lieu-tenant... Elle ne tient plus rien du tout. Si je vous suis donc encore, rien n'est venu. Rien n'est venu qui n'est appelé à venir, rien n'est à venir qui ne soit déjà venu, rien ne va venir qui vient.

 

- Vous commencez à venir. Ca vient : Rien ne viendra, tout est là, déjà là, déjà venu, et pas encore advenu. C'est hyper-textuel : Post-textuel et pré-textuel à la fois. C'est héroïque et hystérique. C'est érotique. Ca se fait sans mot et sans moi. Ca clique le clit. Ca clit la clique. Ca cliquette. Ca va et ça vient, ça vient de revenir, ça revient de venir.

 

Rien ne va venir.

 

- Rien n'est venu.

 

Rien n'est venu.

 

Rien ne va venir et rien ne va revenir.

 

C'est adjacent, une adjacence infinie, des réseaux de réseaux de réseaux de rhizomes sans racines, des adjacences sans sens...

-... C'est agaçant.

 

C'est adjacent.

 

- Je commence à ne pas comprendre.

 

Vous commencez.

 

- Je commence...

 

Commençons.

 

- Alors commençons.

 

Commençons.

 

- Commençons.

 

Commençons

 

O M