

Frappez et entrez.
Vous voilà, cher lecteur, sur le palier. Au seuil de
ce qui va suivre.
Sur ce seuil vous vous attardez un peu. Le plaisir mélé d'angoisse
du saut dans l'inconnu, privilège des commencements,
vous y retient.
Aprés avoir appuyé sur la veilleuse de la minuterie, vous
auscultez le paillasson. Vous examinez la poignée de porte. Vous
faites un inventaire goulu de ces excroissances qui dépassent à
l'extérieur et sont, sur tous les paliers, les menus témoins
de la préméditation du visiteur.
Aprés avoir sonné, vous ne pourrez pas dire que vous ne l'avez
pas fait exprès.
Vous prêtez l'oreille au silence du palier. Vous êtes sur ce
palier vide, mais vous êtes chez vous. Cela rend le palier encore
plus vide. De façon générale,
cette façon de rester chez soi pour rendre visite ne va pas arranger
la vie sociale sur les paliers, les constructeurs de paliers, les vendeurs
de paliers, les histoires de paliers.
Dans le miroir bombé, pré-natal,
du bouton de sonnette, un visage déformé vous apparaît.
Le votre.
Vous fixez cette porte qui cèdera comme une trappe à votre
appel. Pour vous jeter où ? Vous hésitez.
Vous songez presque à passer votre chemin, répugnant de vous
trouver embarqué dans une entreprise qui n'a
rien à voir avec vous.
Mais vous êtes là. Votre visage se reflète sur le bouton
de sonnette. L'aventure est déjà commencée. Priant
les Dieux, s'il s'en trouve encore en ces lieux,
d'être à vos cotés, vous sonnez enfin.Bienvenue.