PRUDENTES PREMICES

 

 

Au commencement on ne se connaît pas encore, alors on choisit des moyens termes plutôt innocents. Ce n'est que plus tard que je lui appuierai sur les épaules pour lui suggérer de me faire une fellation.

Mais lors des manoeuvres d'approche, tout doit rester feutré, on le sent bien. Même les taquineries ne doivent pas franchir certaines limites. Pas de critique personnelle, pas d'agression. Pas d'insulte évidemment : Innocence et modération, encore. Ensuite seulement j'humecterai mon majeur de salive pour mieux lui décontracter les muscles de l'anus. J'aurai des résidus fécaux sous l'ongle et autour du doigt, mais cela ne m'empêchera pas de lui masser les seins, de lui pétrir les cuisses. Et, après avoir fermement écarté ses fesses, j'y viendrai lentement enfoncer mon sexe.

 

Pour l'instant nous n'en sommes pas là et il faut faire preuve de finesse et d'esprit. Lui montrer que ma curiosité ne connaît ni borne ni limite et, si je le peux, que j'excelle particulièrement dans un domaine socialement valorisé (arts plastiques, littérature, cinéma). (Tout le monde ne peut pas le faire et nombreux sont ceux qui parlent de football et, pour se racheter, tentent d'en dégager une éthique, voire une esthétique - quoique je pense sincèrement qu'à part Eric Cantona les footballeurs sont peu sensibles au beau).

 

Les émotions excessives et les gestes qui les trahissent doivent bien entendu être tenues en laisse au commencement. A moins de miser sur le rôle du doux fantasque. Mais il faudra ensuite que je me tienne à ce personnage, ce qui sera pénible puisqu'il ne s'agit pas chez moi d'une pente naturelle. Et puis cela peut déplaire d'entrée de jeu, alors que la réserve peut toujours dissimuler l'originalité, la fougue, et plus si affinités. Il vaut donc mieux polir toutes mes aspérités. Là encore, le moyen terme, lisse, propre et civilisé. On en sera bien loin quand j'aurai la tête entre ses cuisses ! La langue s'enfonce entre deux replis de chair, le parfum se fait plus fort, le goût plus salé et je recueille ainsi la sève délicate - ou le jus puant, selon ce que sera son hygiène.

 

On parle, on minaude, on sourit, pour plus tard se couvrir d'excréments, de sueur et de sécrétion. Mais pour l'instant nous n'en sommes pas là. Nous n'en sommes qu'au commencement.

 

 

 

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